Dans son avant-propos, il précise : « Les témoignages sont un livre à eux seuls, ils sont un document parfaitement lisible même sans aucune clé. » Ce numéro répond exactement à cette analyse.
En effet, lorsque vous allez lire les très nombreux témoignages qu’il contient, regroupés en ce qui concerne Aubrives, Warcq, la Pointe de Givet et Château-Regnault ou individualisés en de nombreux endroits des Ardennes, ils vous diront tout de ce que fut l’immigration italienne dans les Ardennes, dès la fin du XIXe siècle aux années cinquante.
Les causes de cet exil sont multiples et souvent s’additionnent. La misère régnant en Italie en était certainement le moteur principal : « L’émigration était l’unique manière de s’échapper, l’unique voie de l’espoir, l’unique choix de civilisation dont disposait le paysan pauvre3. » Mais il faut ajouter les demandes insistantes de la France pour s’assurer une main-d’oeuvre afin de reconstruire après les guerres ou de construire le pays, et l’envie impérieuse, dans les années vingt et trente de fuir le régime fasciste.
Ces motifs induisent des moyens d’arriver en France qui vont de la clandestinité à une totale légalité.
Ces immigrés deviendront ouvriers dans la sidérurgie, surtout dans la vallée de la Meuse, ou maçons.
Plusieurs d’ailleurs créeront d’importantes entreprises de maçonnerie, quand d’autres se feront commerçants. Des quartiers d’immigrés existent alors dans lesquels vivent en bonne intelligence de nombreuses nationalités, souvent solidaires les unes des autres.
En général, « nos » témoins disent avoir été bien accueillis et, après un apprentissage de la langue française sur les lieux de travail pour les adultes et à l’école pour les enfants, ils se sont facilement intégrés. Cependant, souvent, avec plus ou moins de méchanceté, ont fusé les insultes4 « Macaronis » et « Ritals ». De plus, la Seconde Guerre mondiale a ravivé un racisme latent anti-immigré italien. Pourtant, et ce ne fut pas facile pour eux, des soldats ayant combattu pendant la Première Guerre mondiale dans les rangs de l’armée italienne ont dû, du fait de leur naturalisation, la combattre en 1940 !
La naturalisation est la règle ainsi que la francisation des prénoms quand c’était possible. Néanmoins, l’Italie n’est jamais oubliée : on peut continuer à parler italien à la maison, on crée des associations – qui connaissent de nos jours un regain d’activité dont on ne peut que se féliciter – qui permettent de retrouver un peu l’ancienne vie de là-bas : jeux de cartes, cuisine, fêtes et chansons... Et, la règle est d’aller retrouver chaque année ou presque la famille restée au pays. Même si l’on a envie de revenir assez vite dans sa patrie d’adoption.
Outre ce qui constitue le fonds de ce numéro, vous pourrez lire la pensée politique des anarchistes de Deville – écrite il y a 128 ans ! – qui a toujours des résonances avec notre actualité, découvrir le portrait de deux résistantes d’origine italienne, apprendre l’existence d’une Casa Fascista à Charleville, survoler quelques lieux de vie, de travail et les réalisations des Italiens immigrés dans les Ardennes, vous féliciter du travail de recherche mené par des lycéens de Jean Moulin (Revin) et d’Alfred Mézières (Longwy), apprendre que le grand entraîneur en Italie, Helenio Herrera, fut le capitaine de l’Olympique de Charleville en 1936, et vous sourirez, je n’en doute pas, au rappel du Poisson d’avril de L’Ardennais en 2013...
Rappelons que ce numéro est conçu en grande partie comme le spectacle monté par la compagnie Magesse, à partir de témoignages d’Italiens et d’Italiennes de Vireux. Spectacle qui, pour Rosanna Orbitello, « a transformé ces tranches de vie intimes en une oeuvre universelle, préservant de l’oubli une page précieuse du patrimoine ardennais ». Nous avons tout fait pour qu’il mérite un tel compliment !
Jacques Lambert
1 REVELLI Nuto, collection Voix François Maspero. Compte rendu : https://www.persee.fr/doc/geoca_0035-113x_1983_
num_58_1_3991. Ce livre n’a jamais été malheureusement réédité, chose incompréhensible. On le trouve sur internet à un prix
oscillant entre 165, 650 et 2 000 € !
2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Benvenuto_Revelli
3 REVELLI Nuto,ibid.
4 https://theconversation.com/macaronis-ritals-quand-les-migrants-italiens-etaient-eux-aussi-victimes-de-racisme-196990
Jacques Lambert
Jacques Lambert (Le Père Peinard)
Claude Covelli
Gérard Baudoin
Jean-Louis Benoit
Marie-France Barbe
Michel Perpète
Jacques Lambert
Guy Patoureaux
Marie-France Barbe
Philippe Moyen
Michel Perpète
Jacques Lambert
Jean-Michel Benoit
Valérie D’Amario, Amèlie Lambert, Veronica Parisi
Groupe d’élèves du lycée Alfred Mézières de Longwy
Antoine Biadatti
Jacques Lambert
Lucien Vauchelet
Alain Chapellier et Jacques Lambert
Claude Lambert
Rosanna Orbitello
Lazare Veta, Emmanuelle Berthaud et Bruno Lombardia
Jacky Turquin
Simon Cocu